Qu'est-ce que PoliticEye?

March 13, 2021, 12:13 p.m.
Nicolas Maignan

Pourquoi PoliticEye?

L'idée même de PoliticEye découle de l'échec de ma tentative de me politiser. Tout est parti d'un constat simple : je ne comprenais pas la politique de mon pays, la France. J'ai donc essayé de m'intéresser à l'actualité politique afin de déterminer à quel courant idéologique ou parti politique je pouvais appartenir. Mais où chercher l'information?

Dans nos médias classiques?

Suivre les actualités politiques à travers nos médias permet de cerner les sujets d'actualités ainsi que la position relative des classes politiques. Cependant il est important de noter que les médias sont partiaux et on citera Xavier Niel "Quand les journalistes m'emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix". Pire, la prétention d'impartialité dont se targuent certains médias trompe le citoyen puisque le choix éditorial relève de la subjectivité. Il est donc crucial de suivre des médias aux orientations diverses afin de réellement pouvoir comprendre les enjeux socio-économiques. Mais ce-faisant il n'est pas rare de lire une chose et son contraire.

La sélection des sujets couverts par les médias peut également s'avérer surprenante. L'effet "Buzz", les titres "pousse-au-clic" ou les logiques telles que la loi du "nombre de morts-kilomètre" propulsent souvent des sujets sur les premières pages de nos journaux quand leur impact sur notre société est pourtant minime, et que d'autres sujets potentiellement discutés dans nos assemblées aux mêmes moments sont ignorés. En cause évidemment, le besoin qu'ont les médias de trouver leurs modes de financement pour atteindre une viabilité économique à l'ère du numérique, leurs relations avec leurs détenteurs et le comportement des lecteurs.

Enfin, les récents exemples de prolifération de "fake news" dans nos médias ou les scandales relatifs aux interventions ou publications répétées d'experts aux qualifications douteuses ne rétablissent pas la confiance que l'on devrait accorder à nos médias - une superbe réflexion d’Étienne Klein sur l'ultracrépidariasnisme.

Sur les réseaux sociaux?

Suivre les partis politiques sur les réseaux sociaux majeurs, et soulignons-le, tous basés sur les standards américains à l'heure où cette dépendance doit cesser, permet d'expliquer nombre de troubles qui divisent nos sociétés. Tout d'abord, de quels réseaux parle-t-on? Facebook, Twitter, LinkedIn, etc. Il est surprenant de constater que la politique s'est installée sur Facebook et Twitter, quand à l'inverse les utilisateurs de LinkedIn semblent la repousser (le privé repoussant tout interventionnisme d'Etat peut-être...). Pourquoi est-ce une catastrophe? Le scandale Cambridge Analytica illustre bien l'usage plus que douteux qui a été fait des données utilisateurs. Pour rappel, en voici les étapes clés:

  • créer un questionnaire permettant de déterminer l'orientation politiques d'utilisateurs
  • extraire les données relatives à ces utilisateurs
  • entrainer un modèle prédictif afin de prédire leur orientation sur la base de leur données
  • récolter les données publiques de tous les utilisateurs
  • appliquer le modèle à ces nouveaux profils
  • utiliser les prédictions pour cibler les indécis avec des fake news élaborées grâce aux engins de publicités du réseau
  • et ainsi modifier l'opinion de manière insidieuse

Un autre problème de ces réseaux réside dans leurs engins de recommandations. Ces algorithmes sophistiqués qui tendent à maximiser la probabilité qu'un utilisateur continue à faire usage du site ou clique sur le lien d'une publicité pour laquelle le site est rémunéré. Pour ce faire, on vous montrera ce qui vous intéressera. Dans le cadre de la politique, cela se résume tristement par "montrons aux Démocrates du contenu démocrate, montrons aux Républicains du contenu républicain, enfin montrons aux indécis le contenu avec la plus haute enchère", une logique clivante mettant fin à tout débat.

Enfin il est impossible de générer du contenu élaboré, autrement dit, des articles présentant des idées argumentées et sourcées quand la limite de caractères est de 280... 280, c'est suffisant pour insulter un rival politique, mais pas pour débattre devant un électorat. Ces réseaux et leur contenu non-élaboré ont alimenté les politiques réactionnaires et sont devenus les parfaits outils des démagogues. Leur impact est visible aux États-Unis, où ce nouveau standard du non-débat s'est propagé dans les plus hautes sphères à l'image des "débats" présidentiaux, sortes de condensés de tweets ad hominem.

En conclusion

C'est sur la base des constats que je viens d'énoncer, et qui sont d'ailleurs soumis à ma propre opinion, que j'ai décidé de créer PoliticEye, afin d'aider les citoyens à garder un œil sur la vie politique et à y prendre part.

PoliticEye se veut être un réseau social / média collaboratif attirant l'attention sur les contenus de qualités reconnus par les citoyens (pas recommandés par un tiers parti) et générés par des experts thématiques ou par des citoyens engagés. Cet espace sera dédié aux questionnements et débats mais il devra également être un espace de synthèse et de fact checking, où tous les points de vue pourront s'exprimer tant qu'ils s'appuieront sur des faits vérifiés, vérifiables et respectant la loi.

Nous comptons sur un changement de comportement des citoyens, qui devront, dans les années à venir, regagner en esprit critique et développer de nouveaux modes d'information afin de ne pas sombrer dans les pièges que nous avons décrit précédemment. Cette idée je l'ai eu il y a deux ans, à un moment où je ne croyais pas qu'un tel changement soit possible. La convention citoyenne pour le climat m'a finalement convaincu du contraire, car elle a prouvé à mon sens, de par la qualité des propositions finales, que tous les citoyens sont à même de se forger une opinion sensée quand on les expose aux connaissances d'experts. Les démocraties modernes manquent d'outils pour se revitaliser, je propose ici d'en construire un ensemble - ou au moins d'essayer.

Nicolas Maignan, Créateur de PoliticEye.

Merci à Adrien Tanghe pour ses conseils éclairés.

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